Alice Thomas

  Etudiante en droit à Pondichéry en 1991 elle participe alors avec Maran, son copain d'école et de quartier, à l'action des "Volontaires contre l'illettrisme des pauvres". Un jour, Saravanan, un enfant de 8 ans, vient mendier au bureau, Alice lui propose de lui apprendre à écrire. Le gamin est d'accord, il revient avec d'autres gamins des rues. Mais ce n'est pas simple. Même les familles d'Alice et de Maran restent dubitatives devant leur projet d'ouvrir un orphelinat. "Les enfants des rues sont difficiles à gérer" . Le bureau des Volontaires est trop petit. Alice repère une auberge d'enseignants dont la terrasse est libre, elle propose d'y bâtir un toit pour transformer la terrasse en dortoir.

     "Pendant deux ans, on est resté là mais on avait des problèmes avec toute la rue, car les enfants étaient bruyants. Ils n'aimaient pas se laver. Dès 8 ans, ils fumaient, se droguaient. Certains avaient une mère prostituée. Quand arrivait un nouveau film au cinéma, des gosses fuyaient pour s'y rendre, et y dénicher des clients pour leur mère". Les enfants se retrouvent bientôt à trente sur 40 M² de terrasse. il faut trouver un local. "Personne ne voulait nous louer en ville. on était très jeunes, sans le moindre argent. Mon oncle nous a offert un terrain à l'extérieur de Pondichéry".

     Avec l' aide des enfants, ils construisent l'orphelinat. Maran, pour gagner plus d'argent, se lance dans le commerce d'aquarium. Alice compte chaque sou, elle fait les courses et geutte les produits les moins chers. "On ne sait jamais comment on va finir le mois. Je dis aux enfants : Pour que vous ne mendiez plus, c'est moi qui mendie des aides, mais pour la bonne cause".

    Au bout de dix ans, l'orphelinat prend l'eau. Alice et Maran se lancent alors dans la construction d'un grand bâtiment sur trois niveaux, encore inachevée. "Avant le tsunami, j'avais 35 enfants, maintenant, j'en ai 45". La récompense d'Alice et Maran se lit dans les yeux des orphelins. Maintenant elle rêve de créer un orphelinat pour les filles. Alice et Maran en élèvent déjà cinq dans leur maison de Pondichéry, une de ces filles vient de se marier.