Visite aux Orphelins de PONDICHERY, août 2010

Août 2010 : quinze jours de vacances en Inde, principalement dans le Tamil Nadu avec comme objectif premier de rendre visite au père missionnaire, Marius Rodeschini (originaire de Mandeure (25)), à Yercaud (Tamil Nadu) puis de parcourir cet état au gré de nos envies et des rencontres. Une dizaine de jours avant notre départ, nous faisons connaissance de Monsieur Adonis Mathurin qui nous parle avec enthousiasme de l'association des Orphelins de Pondichéry. Nous décidons donc de visiter cet orphelinat lors de notre séjour dans cette ville.

 

Arrivées à Pondichéry le jeudi 12 aout 2010, nous sommes heureuses de nous poser pour quatre jours dans la ville blanche après un périple harassant mais superbe dans les campagnes arides et populeuses du Tamil Nadu. Avant d’atteindre cette ville, nous avons longé la mer en nous recueillant dans les villages dévastés en 2005 par le tsunami où quelques stèles racontent encore les horreurs et les milliers de morts qu'avait provoqués cette catastrophe. Mais nous avons aussi rencontré des personnes attachantes, des femmes courageuses et belles dans leurs saris chatoyants, des enfants rieurs et plein d'espoir dans leurs habits d'écoliers, des hommes et femmes assurant les milliers de petits boulots qui n'existent plus en France mais qui font encore vivre une grande partie de la population indienne. Une semaine auparavant notre avion atterrissait à Bangalore, la capitale moderne et bruyante du Karnataka, qui étalait ses prouesses informatiques sur d'énormes panneaux publicitaires et recevait un grand congrès de mathématiciens du monde entier dans le même temps. Nous étions prévenues que l'Inde était un pays de contrastes...

 

Dès notre arrivée à Pondichéry, nous cherchons à rencontrer Alice Thomas, la directrice de l'Orphelinat de Pondichéry. Celle-ci nous donne rendez vous chez elle et c'est au milieu de ses neveux (dont deux petits français  qui s'installent à Pondichéry après plusieurs années passées dans la banlieue parisienne), de quatre petites orphelines qui habitent avec sa famille et auprès de sa maman malade, que nous faisons connaissance.

 

Et c'est dans un rickshaw que cette femme sympathique et décidée nous conduit à travers des rues encombrées de véhicules à deux ou quatre roues de tout genre, en direction de l'orphelinat des garçons, dans un quartier de la banlieue de Pondichéry.


A notre arrivée, les jeunes sont à la douche, les grands aidant les petits. S’éclaboussant d'eau avec des boîtes de fer blanc, ils rient de bonheur sous cette fraîcheur bienvenue après la grosse chaleur de la journée. Notre présence est aussitôt saluée par des cris joyeux et des hello pleins de curiosité.

Alice nous fait tout visiter dans ce bel établissement de trois étages, fière des changements déjà apportés depuis l'an passé, grâce aux dons perçus. Les deux grands dortoirs sont équipés d'une forêt de lits superposés où les petits dorment à deux tête-bêche.


Du haut de la terrasse, peinte de jolis dessins montrant des enfants main dans la main et des noms de divers pays du monde, la vue est magnifique. A droite, le grand fleuve enjambé à l'horizon par un pont immense, rafraichit l'atmosphère chaude de cette journée d'août. Et nous contemplons du haut de nos trois étages les enfants vaquer à leur occupations. Certains savonnent leur chemisette et les étalent sur la barrière qui se couvre bientôt de tous les effets des petits, d'autres étudient dans le silence de la salle de classe encore ouverte sur la cour.

 

Nous visitons ensuite la cuisine équipée maintenant de grosses casseroles et fourneaux dans un endroit fermé et abrité sous un toit en dur. Nous regardons aussi le contenant des grands chaudrons. Le repas sera frugal et simple mais sera.

 


 

Alice nous dit sa préoccupation constante dedonner à manger tous les jours à ces 110garçons qui ne cessent d'affluer, apportés parla police, par des associations qui repèrent lesjeunes orphelins des rues ou par certainsparents même qui, faute de pouvoir les nourriret les élever, abandonnent leurs enfants auxportes de l'orphelinat.

 

L'état indien donne une infime participation, très insuffisante devant les besoins, et le prix du rizne cesse d'augmenter.Et pourtant les projets de cette femme et de son équipe (5 personnes à temps plein élèvent ces110 garçons) sont multiples : construire un atelier, où les jeunes apprendront la menuiserie,l'électricité, le travail des métaux et pourquoi pas l'informatique. Nous visitons le lieu de ceprojet. Deux débuts de murs et deux portes sortent du sol, des briques attendent le ciment un peuplus loin... Alice nous précise que tout avance au rythme des dons et subventions perçus....

Les enfants se préparent en file indienne silencieuse pour rejoindre la grande salle où denombreuses tables et bancs sont rangés parallèlement. C’est l’heure du diner. Chaque enfant vachercher son plateau en fer blanc et rejoint sa place dans les bancs. Le silence nous impressionne,nous qui sommes habituées aux déplacements si bruyants de nos étudiants. Mais la présence d'unadulte induit un tel respect que les petits se contentent de nous sourire et de nous faire de petitssignes de la main... Et comment peuttilen être autrement quand 5 adultes seulement doiventgérer 110 gamins. Tout à coup une prière s'élève de tous ces petites bouches, prière qui se doitoecuménique et respectueuse des croyances de chacun nous dira Alice (des enfants sont chrétiens,d'autres musulmans, hindouistes, bouddhistes, ...). Puis les cuisiniers arrivent avec le groschaudron de riz. Les enfants viennent récupérer leur boule de riz agrémentée d'un peu de sauceaux légumes et aux épices. Ils mangent en silence en utilisant leur main droite en signe de respectde cette nourriture précieuse. Nous sommes bouleversées de comprendre que le moindre don apporte tant ici.

 

 

 

 

 

 

 

 

Pendant le repas, Alice, nous fait visiter les salles où sont rangés précieusement les nombreuxinstruments de musique et elle tient à nous présenter tout le matériel qui a été acheté avec lesdons de l'Association présidée par Adonis Mathurin. Ici la musique est très importante. Outre lefait qu'elle développe leur esprit et leur culture, elle est aussi thérapie pour ces enfants qui ontdéjà tant souffert dans leur vie et dans la rue auparavant. Certains se découvrent de vrais talents etobtiennent des prix. La ville de Pondichéry l'a compris et elle fait appel à eux lors de ses fêtesorganisées. Yoga et arts martiaux sont une autre forme de thérapie. Tous les garçons lespratiquent et là encore ils se révèlent de véritables champions.Les enfants ont fini leur repas, ils s'affairent à laver leur plateau, à boire au robinet d'eau fraîchedans la cour, à s'asperger et à rire... Ils jouent ensuite sur les quelques balançoires, tourniquets,vélos qui trônent au milieu de poules arrogantes. Certains s'attellent à leurs devoirs avec un plusgrand garçon qui les guide.Alice a un vrai souci de l’avenir de tous ces enfants. Ils vont tous à l’école du quartier et suiventdes parcours selon leurs capacités et leur volonté. Elles les conduit aussi loin qu’ils peuvent etveulent aller et, c’est ainsi, qu’il y a déjà une dizaine d’orphelins dans des universitéstechnologiques.Pendant notre visite, Alice prend un temps avec chacun des enfants, pour un conseil, un mot, unecaresse, une confidence, un sourire... Mamma fait son tour, comme tous les jours auprès de ses110 enfants.... 110 garçons.Et les filles ? Que deviennent les petites orphelines à Pondichéry ?Nous avions posé la question à Alice dès le début de notre visite et elle nous avait promis de nousemmener dans l'orphelinat des filles qu'elle bâtit grâce aux dons de bienfaiteurs français entreautres.Quittant les garçons avec force sourires, photos et signes de la main, ainsi que les cinq personnesqui se chargent de veiller sur eux, nous partons en compagnie d'Alice et de son mari Maran endirection d'un autre village de la banlieue de Pondichéry, à la rencontre des orphelines.

 

Dans un village calme et retiré, atypique de par quelquesmaisons coloniales abandonnées et envahies par des hordes depetits singes farceurs, juxtaposant des maisons simples ou enconstruction, nous découvrons une bâtisse protégée par de hautsmurs et une épaisse porte derrière laquelle nous attend unevingtaine de jeunes filles, des petites de 3 ou 4 ans et de jeunesadolescentes encadrées par de jeunes femmes et une très jeunefemme avec son bébé, elle a un autre petit garçon, plus grand quiest accueilli pour l'instant dans l'orphelinat des garçons.

Un groupe de filles, assises à même le sol, jouent du sitar ou de la veena, grands instruments demusique qui reposent en partie sur le sol. D'autres petites font leurs devoirs et nous montrent avecfierté les mots en anglais qu'elles ont tracés avec soin sur leur cahier (dates, verbes, mots,phrases).

Alice nous fait visiter les lieux, plus rudimentairesque ceux de l'autre orphelinat, car encore enconstruction, la cour arrière où des adolescentespendent du linge et où un énorme chaudron de rizclapote sur un feu de bois. Le clair obscur de cettefin d'après midi (la nuit tombe à 18 h auxtropiques) donne un sentiment étrange. Les piècessont agréables et un patio de plantes vertesagrémente l'endroit ; mais ici pas de lit, peud'équipement, tout reste à aménager.... les enfantsdorment, étudient, mangent dans les mêmes piècessouvent sur des nattes à même le sol.

Les filles sont heureuses et elles nous accompagnent en riant et en racontant plein de choses àAlice et à Maran ; elles passent des rires à des expressions graves et Alice écoute et répond avecgaîté et bonheur à ses filles.

L 'étage est pour moitié une simple terrasse àciel ouvert avec une montagne de gravas,ciment, pierres et attend visiblement les maçonspour monter des pièces à vivre. Assises sur larambarde de cette terrasse, humant les odeurs dela nuit indienne, nous buvons notre thé enécoutant les filles se confier à « Ma » et à« Pa ». Elles racontent leur journée avec leurspetites histoires, leurs querelles et leurs joies etgriefs envers les monitrices.

Chaque jour est ainsi, Ma et Pa viennent passer du temps avec les filles, petites et grandes, lesécouter, les encourager, les conseiller.

Le soir est tombé, la nuit est chaude et étoilée, nous sommes sous le charme à écouter cesconfidences et ces rires, cette tendresse entre Alice et les petites ; nous rions ensemble des farcesdes petits singes qui courent sur les maisons voisines, nous sommes au bout du monde. Un desplus forts moments de notre voyage.

Lorsque Maran et Alice nous raccompagnent en voiture à Pondichéry, nous décidons, Françoiseet moi, que l'antenne de l'Association des Orphelins de Pondichéry de Nancy que nous voulionscréer dès cette rentrée aiderait prioritairement l'orphelinat de jeunes filles. Notre premier et bienmodeste objectif est que nous assurerions le repas de ces jeunes filles chaque jour, Alice nousayant confié que son souci permanent était de nourrir ces enfants. Les travaux de constructionpeuvent attendre un jour, pas les estomacs d'enfants.Le dimanche 15 août est la fête de l'Indépendancede l'Inde et une grande fête est organisée par laville. Illuminations grandioses, défilés, repas offertà la population, jour de fête et de congé pour leshabitants, parcs regorgeant de familles dans leursplus beaux atours, grignotant des friandises achetées aux quatre coins des rues et brandissantfièrement de petits drapeaux aux couleurs del'Inde, vert, blanc, rouge.

Les parades militaires aux magnifiques uniformes nous rappellent la Compagnie des Indes denos livres d'histoire.Bref la journée est pour nous aussi, gaie et festive et nous suivons avecintérêt et joie les couples et leurs enfants qui se promènent au bord de la mer furieuse sur lesrochers gris. Le soir, la promesse d'un grand feu d'artifice rassemble sur le remblai, en bord demer, une foule dense et bien évidemment nous sommes de la partie. Le feu d'artifice est grandioseet les fusées éclatent en une pluie continue d'étoiles aux couleurs de l'Inde. Nous sommes médusées.

Il s'ensuit un fabuleux spectacle de dansesindiennes, de musique et une splendidereprésentation de sport de haute voltige et d'artsmartiaux. Ce spectacle a lieu sur une estradedressée sur la plage et est gratuit pour toute lapopulation. La foule est si nombreuse que leschaises prévues ne suffisent pas ; la plupart desspectateurs est debout. Mais à Pondichéry commeen Inde, il est un devoir de bien accueillir l'étrangeret on nous fait très vite de la place.

C'est donc assises que, subjuguées par les prouesses de ces jeunes sportifs, nous reconnaissonsalors nos jeunes orphelins de Pondichéry dans ces extraordinaires acrobates qui rivalisent desouplesse et de force dans leurs voltiges. Nous sommes admiratives, émues et fières de cesjeunes, d'Alice, de Maran et des éducateurs qui conduisent ces enfants avec ambition et ténacité.

 

Un grand merci à toutes ces personnes rencontrées, un grand merci pour cette leçon de vie, decourage et de générosité.

 

Agnès Volpi et Françoise Simonot nouvelles adhérentes, créant ainsi une antenne de l'association à Nancy